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Au départ,"L'oeil du loup", c'est un roman, une belle histoire écrite par Daniel Pennac. Partir avec une belle histoire, c'est déja un atout sérieux. L' adapter pour en faire un film, c'est avant tout faire aimer une histoire qu'on a soi-même aimée, et pourquoi pas, donner envie de la lire.

 

RENE LALOUX a écrit l'ADAPTATION de L'oeil du loup, puis a demandé à MAX CABANES de dessiner les PERSONNAGES.




J'ai immédiatement été séduit par les créations de Max Cabanes. Les personnages existaient, avaient une vraie personnalité, comme de vrais acteurs! Je savais qu'ils allaient pouvoir jouer leur rôle, porter "L'oeil du loup"à l'écran! Mais aussi il était évident qu'on devrait les simplifier, qu'on ne pourrait garder le rendu des couleurs très agréable mais un peu trop riche et trop complexe par rapport aux habitudes et aux contraintes techniques. La COLORISATION (mise en couleurs des personnages et objets) se faisant avec le logiciel "Pegs"à Montréal (dans les studios de Cinégroupe) et la distance comme le planning rendant problématique la mise en place d'expérimentations qui eussent permis de trouver des solutions graphiques plus proches des dessins de Max Cabanes et surtout inhabituelles, nous avons sagement décidé d'utiliser l'outil et la chaîne de fabrication tels qu'ils existaient déja, comptant principalement sur le pouvoir évocateur des images et des couleurs qui, combiné avec celui des sons et de la musique n'est pas négligeable !

Nous devions faire un film pour la télévision (je dis nous car faire un film est un travail d'équipe!), un SPECIAL-TELE ne dépassant pas 26minutes, ce qui est très court pour raconter une histoire comme "L'oeil du loup", avec autant de personnages, autant d'évènements! D'où la nécessité de réduire un peu le nombre des personnages et des évènements en évitant de dénaturer l'histoire, évidemment, en gardant l'essentiel, le plus significatif... L'idée d'une VOIX OFF (ici la récitante) s'est rapidement imposée comme étant la bonne solution, car elle permet des raccourcis, des ellipses, et surtout elle nous apporterait cette VOIX INTERIEURE du garçon et du loup. Chacun sait que les loups, les animaux ne parlent pas; nous voulions éviter cet antropomorphisme trop facile qui est si courant dans les dessins animés et qui aurait si peu convenu à ce dialogue intérieur qui unit l'enfant et le loup, cette compréhension privilégiée, somme toute magique, qui devait passer par le regard...

Il n'empêche qu'il restait encore des choix et des sacrifices à faire (réduire le nombre des personnages car nous ne pouvions leur accorder suffisamment de temps à tous, et évidemment supprimer ou transformer les évènements dont ils sont responsables, tout en redonnant une nouvelle cohérence au récit!).

Comme on peut le voir, les meilleures intentions se heurtent à d'immédiates contraintes, dont les meilleures histoires, les plus beaux romans ne sortent pas toujours indemmes. Les mots, les idées doivent tout à coup exister par des formes, des couleurs, des mouvements, des ombres et des lumières, et surtout par tout ce qu'on ne montrera pas mais qui existe bel et bien entre les images, entre les mots, entre les plans, car le langage filmique est particulièrement fait d'ellipses, de secrets à peine révélés, véritables devinettes auxquelles le cerveau se plait à donner des réponses rapides, intuitives, parfois inconscientes, mais généralement efficaces. Le cinéma n'est-il pas déja par sa nature, grace à la PERSISTANCE RETINIENNE, une illusion où tout se joue entre des images si fugitives qu'elles durent à peine un cinquantième de seconde? Vous aviez déja remarqué que les films mettent en scène des évènements dont la durée est bien plus longue que celle qui est restituée à l'écran (sauf évidemment quand on ralentit volontairement l'action ou les mouvements, par exemple pour accentuer un effet de suspens!), et donc que le temps y est une dimension primordiale, essentielle; cela ne peut se faire qu'en empruntant sans cesse des "raccourcis", et en utilisant des ellipses, (ce que le MONTAGE va confirmer et peut-être même accentuer).

Pour effectuer cette reconstruction du récit selon d'autres codes que ceux de l'écrit, et c'est là est une véritable mutation, la notion de DECOUPAGE va s'installer dès qu'on partage le texte en SEQUENCES (une séquence est une entité plus ou moins abitraire dans laquelle s'organisent des actions regroupées autour une idée, d'un évènement; elle est elle-même faite de SCENES et de PLANS), puis grace à ce qu'on appelle le STORY BOARD (ou SCENARIMAGE), c'est à dire la mise en images des scènes, des actions, des plans, un peu comme dans une bande dessinée avec en plus un tas d'indications techniques et de mise en scène qui sont permettront que toutes les intentions se retrouvent dans le film. J'ai été aidé pour ce travail par ZOLTAN SZILAGYI et STEPHANE CARTRO qui ont dessiné ces innombrables petites cases avec talent et tous ceux qui ont confirmé et rendu réalisable cette mise en scènes et en images en dessinant ce qu'on appelle le LAY OUT.

Story board ou scénarimage, cela veut dire tout simplement que les mots , les idées, les actions, les évènements sont traduits par des dessins: au moins une image dessinée (une CASE ou VIGNETTE) par plan, et généralement plus, chaque action devant être représentée et commentée, y compris toutes informations techniques concernant la mise en scène, les mouvements de caméra, les trucages et les EFFETS SPECIAUX...(Il y a quelques effets spéciaux dans "L'oeil du loup": ainsi lorsque la caméra "entre" dans l'oeil du garçon et dans celui du loup, ce sont des effets 3D combinés à des SURIMPRESSIONS qui ont été utlisés; nous devons les effets 3D (images de synthèse générées par ordinateur) à PHILIPPE COENEN (Pixel Factory); lorsque le camion soulève un nuage de poussière, lequel est mieux exprimé avec de la transparence, c'est aussi un effet spécial, ainsi que la fourrure de Paillette, qui brille d'un éclat particulier, effet obtenu en utilisant des TEXTURES qui se combinent à la couleur.

Dans L'oeil du loup, les personnages voyagent, les décors changent et racontent, eux aussi, une histoire. Les recherches graphiques qui sont très importantes nécessitent une documentation sérieuse et un sacré coup de crayon.

Ce crayon, c'était celui de RICHARD MITHOUARD. La qualité de l'imagerie, la beauté des couleurs, nous la devons aussi à JEAN JOURNAUX qui a su en s'aidant du logiciel Photoshop exprimer un univers tout à fait remarquable, et je crois très efficace pour ce qui est de donner à rêver, et soutenir le récit.

Avant que d'être intégrés à cet univers haut en couleurs, les personnages de Max Cabanes ont été adaptés pour être compatibles avec la technique utilisée et être animables par tous les ANIMATEURS qui ont dû les dessiner de nombreuses fois (il faut parfois plus d'un millier de dessins pour faire une minute de film. Il faut donc que les modèles rendent ce tavail possible; c'est JEAN-LOUIS GARCIA qui les a redessinés sous toutes les coutures, ce qui s'appelle faire les MODEL SHEETS, c'est à dire les modèles, et ce qu'on appelle les TURN AROUND, c'est à dire les rotations autour du personnage qu'il faut dessiner de face, de profil, de trois-quarts, etc... Pour aider à bien visualiser le visage du héros sous tous les ANGLES DE PRISE DE VUE, un modelage (statue en argile) a été sculpté ressemblant aux model sheets (par GWEN DELALANDE), puis photographié sous tous les angles. On donne fréquemment aux animateurs de semblables modèles qui leur sont une aide très précieuse, et qui sont des moulages en résine du modelage d'origine généralement en argile.

On pourrait même envisager de sculpter VIRTUELLEMENT des modèles à l'aide d'un logiciel 3D, ces logiciels ayant dans leurs programmes ce qu'on appelle un MODELEUR, qui permet tout simplement de modeler et de représenter des objets en trois dimensions cette fois-ci virtuelles, avec la possibilité intéressante de "sortir" des vues à la demande à l'aide d'une imprimante.

 

Ces images sont extraites du story-board de L'oeil du Loup.

Toute cette préparation terminée, les animateurs peuvent commencer à animer les personnages, plan par plan. Une vingtaine d'animateurs travaillaient à l'animation de "L'oeil du loup", répartis dans plusieurs studios parfois très éloignés. Heureusement les fax et Internet aident à raccourcir les distances! Ainsi les LINE-TESTS numérisés voyagent-ils facilement, y compris sur le Web, ce qui permet d'intervenir sans retard si besoin.

Line-tests de l'animation :

http://www.firkafilm.com
Il existe une version française et une version anglaise du mode d'emploi de ce logiciel hongrois + démo sur le site et utilisation restreinte possible.

C'est ainsi que finalement des dizaines de milliers de dessins franchirent les océans pour être scannés, mis en couleurs (selon les modèles que nous avions préparés),à Montréal où toute la POST-PRODUCTION allait se faire: outre la finition de l'image, le montage, la musique, bruitages et mixage final.

Heeza aussi parle de L'oeil du Loup : http://www.heeza.fr/VEDETTE/
DORIANE/Caouissin.html
(respecter majuscules et minuscules)

Vidéo de "L'oeil du loup (version française) : http://www.heeza.fr/BOUTIK/
Fiches%2OProduits/DORIANE/Loup.html
(respecter majuscules et minuscules)

Effets spéciaux 3D :
Philippe Coenen :
www.pixelfactorysa.com