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L'île de Black Mor |
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Avant Première Internationale
Jean François Laguionie n'est pas une star et pourtant il est l'un des deux seuls réalisateurs français à avoir signé au moins trois longs métrages d'animation. En 1985, Gwen ou Le Livre de sable, 1999, Le Château des Singes et d'ici peu sur nos écrans L'île de Black Mor, réalisé dans le studio dont il est le fondateur : LA FABRIQUE, studio situé prés de chez nous à Saint Laurent Le Minier. Avant même de voir le film, les avertis de l'anime savaient que cet événement dépasserait le cadre strictement cinématographique, il est une fierté locale, d'envergure nationale (tirage sur toute la France avec GEBEKA films) et internationale (une partie de l'animation a été enregistrée en Corée). Soulignons à ce propos, sniff, l'impossibilité aujourd'hui, de faire un long métrage d'animation en France avec nos seuls actionnaires français. Eh bien verdict, l'animation française ne s'est jamais aussi bien portée ! Il ne serait pas incongru que L'île de Black Mor se fasse une carrière aux Triplettes de Belleville, le public enfant en plus et c'est tout ce que nous lui souhaitons. L'île de Black Mor est avant tout un roman, sorte de compilation onirique sur des aventures de mer qui hantent Jean François Laguionie depuis ses treize ans, de Conrad à Stevenson et en particulier David Balfour, son personnage préféré. La pré production à cependant des allures de largage avec amarres. Pas de télé, ni de producteur, l'équipe prend tout de même le large, dessine rochers et visages. Le story-board est terminé, une « animatique » (filmage du story-board) est même montée. Contre toute attente, Gaspard de Chavagnac ( Les films du triangle) produira le film avec eux, suivi par TEVA. Jean-François Laguionie et LA FABRIQUE nous entraîne donc faire un beau voyage... 1803 sur les côtes de Cornouailles, le Kid, jeune garçon de quinze ans s'évade d'un orphelinat-prison. Il ne connaît rien de son enfance. Subjugué par la vie d'un pirate, le célèbre Black Mor, il vole un bateau « Le Fortune » dans lequel se trouvent deux prisonniers, pilleurs d'épaves qui deviendront ses compagnons d'équipage. Les choix graphiques sont largement inspirés des affichistes paysagers des années trente et d'un peintre breton pour lequel Jean François Laguionie a le coup de foudre : Henri Rivière. Le style des personnages se rapproche des caricaturistes du 19ème siècle, comme Daumier, Granville, Topfer ou des illustrateurs anglais. Le trait est volontairement gros, effectué au crayon pour qu'il conserve toute sa souplesse. Cette qualité de trait est importante car il sera en couleur et harmonisé à celui des décors qui nous rappellent quelquefois ceux d'Hergé. Rien n'est laissé au hasard, si l'animation est d'une fluidité étonnante les détails historiques, comme la reconstitution des « cutters » 1800 pour le bateau « Le Fortune » ne sont pas en reste. On court les musées et les bibliothèques avec l'aide d'Yvon Le Corre peintre-navigateur, une maquette du bateau est même réalisée. Enfin, L'île de Black Mor incarne la maturité du film d'animation, c'est à dire un film tout à fait capable de procurer des émotions normalement ressenties devant un soit disant « vrai » film. La psychologie des personnages est d'une complexité captivante, le thème du pardon, du rapport à l'argent, à la famille, à l'amitié et à l'amour y sont très subtilement exploités, le plus important étant certainement le thème de l'identité. Le Kid part en quête de trésor, une quête qui se révèlera être finalement, celle de sa propre identité. Une identité qu'il cherche sur la mer par laquelle il est fasciné, la mer/mère symbole féminin par excellence à travers un parcours initiatique musclé ou le rapport de fierté avec le célèbre pirate Black Mor, image fantasmée du père est omniprésente. Lecture psychologique voire quasi psychanalytique, poésie visuelle et sonore, aventures exaltantes revisitant le mythe de la piraterie, L'île de Black Mor est l'œuvre d'un grand auteur qui enchantera l'enfant, l'adulte et le vieillard rêveur. Un conseil, ne le ratez pas. Scénario de JF Laguionie et Anik Le Ray.
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