1- Ecriture
de scénario
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SOMMAIRE DU LIVRET 1 : ECRITURE - NARRATION
LITTERATURE DESSINEE OU IMAGERIE NARRATIVE ?
PARLONS UN PEU TECHNIQUE
CONTRAINTES TECHNIQUES
COMMENT ECRIRE UN SCENARIO ?
UNE IDEE PAR PLAN
LA REGLE DES TROIS
UN CAS PARTICULIER : LES SERIES
STORY-BOARDS OU SCENARIMAGES
LES PERSONNAGES
   
     
 

 
       
   

Dans un film comme dans n'importe quel récit, l'importance des personnages n'est plus à démontrer, tant elle est évidente. On ne peut parler des personnages comme s'ils étaient totalement indépendants de l'histoire dans laquelle ils interviennent, encore qu'il ne soit par rare que des bibles de personnages préalablement établies génèrent des histoires - c'est même fréquent quand il s'agit de séries - ce qui suppose alors que ces personnages organisés autour d'un concept existent suffisamment par eux-mêmes tant du point de vue psychologique que plastique. À l'opposé, l'animation japonaise utilise avec une grande constance des personnages dont le style graphique banalisé est toujours le même, à peu de choses près. L'avantage en est que les différents studios dessinent toujours de la même façon avec beaucoup d'efficacité, des personnages qu'ils savent déja dessiner et réutilisent volontiers leurs animations, surtout si elles ont fait leurs preuves...

Évidemment, peut-être par conditionnement culturel, notre préférence va plutôt à la recherche d'originalité des personnages que nous voudrions toujours nouveaux et à la richesse qu'apporte leur diversité, car nous attendons d'eux qu'ils nous surprennent. C'est donc plutôt de cela que nous parlerons. Quoi qu'il en soit, c'est toujours par eux que l'histoire existe, qu'elle s'accomplit. Parce qu'ils nous ressemblent - un peu, ou beaucoup, ou peut-être pas du tout pour ceux qui se rêvent différents de ce qu'ils sont... - il nous permettent d'emprunter leur regard, leur voix, leur cœur, en un mot, ils ont le pouvoir de faire rêver.

Il en est de même avec les dessins animés. Une différence importante cependant entre "prise de vues réelles" et "dessins animés" que nous devons en partie aux stylisations graphiques et comportementales (souvent caricaturales) que l'on rencontre dans ces univers factices entièrement dessinés : le degré de crédibilité que l'on peut atteindre, nécessairement limité par la transposition graphique. Celles-ci peuvent ralentir (pour ne pas dire empêcher) le cheminement vers l'identification. Ça peut être aussi l'inverse : lorsque que les mécanismes de l'intimité sont mis à nu, grossis à la loupe, distordus dans des miroirs déformants et donc mis en évidence, cela peut accélérer l'identification, parfois à un point tel que, par le biais de l'humour ou de la caricature, les défenses seront prises à revers et que le spectateur se trouvera obligé de participer à cet échange qui puise à même son énergie en utilisant ses sentiments à son corps défendant...

On le voit, toutes ces interactions entre le spectateur et les personnages de l'histoire peuvent être réellement complexes. C'est ainsi que l'on se retrouve captivé, c'est-à-dire, n'ayons pas peur des mots, capturé, livré pieds et poings liés au bon vouloir des raconteurs d'histoire, des marchands de rêve, des personnages eux-mêmes qui sortent de l'écran sans qu'on les y ait invités.
Mais revenons aux personnages "normaux" et prévisibles, puisque nous devons les inventer... Il semble que la combinaison des héros ou héroïnes autour desquels gravitent les seconds rôles, les personnages occasionnels, les figurants, fonctionne tout aussi bien quand il s'agit de personnages dessinés que quand il s'agit d'acteurs.

Les personnages de bandes dessinées, que nous connaissons tous, nous offrent une bonne démonstration de certains mécanismes qui ont fait leurs preuves. Ainsi en est-il de Tintin ou de Corto Maltese qui incarnent parfaitement cette catégorie de héros équilibré, sage et présentable, bien sûr honnête et juste, courageux de surcroît, mais suffisamment neutre pour permettre la gravitation (et le cabotinage) des personnages secondaires hauts en couleurs et qui tirent volontiers la couverture à eux, quand ils ne deviennent pas tout simplement le personnage principal. Si ni le capitaine Haddock ni le professeur Tournesol ne sauraient éliminer Tintin qui est un vrai héros actif, par contre un certain Pirlouit occupe volontiers le devant de la scène au détriment de Johann dont on se passe plus facilement - quant aux Schtroumpfs qui étaient au départ des personnages relativement secondaires, ils ont acquis haut la main leur indépendance. Il y avait là au départ des concepts suffisamment riches, imbriqués les uns dans les autres et qui ont été habilement "dépliés" puis exploités. Qui de Spirou ou de Fantasio est le véritable héros ? Amusez-vous à vous interroger sur vos héros préférés.

Un cas intéressant : Astérix et Obélix. Avant d'exister tels qu'on les connait, Uderzo avait imaginé le héros "jeune premier" grand, beau, fort et musclé (le contraire de ce qu'est Astérix) et son alter ego, donc le second rôle, n'était, lui, pas gâté par la nature. Cette combinaison très "classique" - sans doute trop classique - n'a guère connu de succès. C'est en redistribuant les cartes et grâce à un plus subtil et fructueux dosage des "disgrâces" de la nature, quand ce n'est pas du contre-emploi, que le nouveau couple s'est révélé particulièrement intéressant (le talent de Goscini y contribua aussi).

Cependant, la combinaison très convenue du héros "vertueux" entouré de compagnons "hauts en couleurs", amis comme ennemis, fonctionne toujours bien, mais ne saurait suffire à elle seule. La popularité de Tintin, autour duquel gravitent des seconds rôles particulièrement réussis : le capitiane Haddock, le professeur Tournesol, Dupond et Dupont, la Castafiore, etc... tous des personnages particulièrement bien typés, qui sont très finement observés. Ce réalisme finalement très poussé jusqu'aux plus petits détails, n'autorise pas la moindre erreur de dosage dans la reconstitution et, pour nous, l'identification se fera grâce à ce réalisme-là qui nous montre des personnages que nous reconnaissons (ou que nous croyons reconnaître) pour les avoir rencontrés dans la vie quotidienne. Ce sont alors de vrais stéréotypes particulièrement bien choisis et qui exploitent admirablement les défauts savoureux de nos semblables ou de nous mêmes.

Si l'art de la bande dessinée est riche en personnages ayant déja fait la preuve de leur efficacité, auprès d'un public qui les plébiscite, l'idée de récupérer ces personnages et leur popularité s'est rapidement imposée. Comme nous l'avons vu, les albums de bandes dessinées se prêtent à une lecture et une approche qui n'a rien à voir avec le type d'attention que requiert un film (il faut insister sur ce fait, la différence est importante). Un film existe surtout par les personnages tout comme une bande dessinée, et le même soin doit être apporté à leur crédibilité tant graphique que psychologique.

C'est surtout dans leur façon d'exprimer des émotions, de vivre des situations et des événements que les règles du jeu ne sont plus les mêmes. Le langage que l'on va utiliser pour raconter est tout autre, c'est même là qu'est la différence essentielle ! C'est probablement la raison pour laquelle les tentatives d'adaptations de bandes dessinées, y compris les plus célèbres, sont tout à fait décevantes. En fait, on peut deviner que les préoccupations dans ces opérations sont plus d'exploiter un filon que de faire œuvre de création. Simple commentaire : les œuvres originales, les personnages qui sont en quelque sorte exploités, n'auraient pas connu autant de succès ni atteint la célébrité s'ils n'avaient pas véritablement fait l'objet de création et d'invention. Or, bien évidemment, faut-il recréer et réinventer en adaptant.
Mais à nouveau, revenons à l'équilibre harmonieux que nécessite la combinaison de personnages. On a vu qu'elle devra plus ou moins correspondre à ce que le spectateur a déja repéré dans son propre entourage, dans sa propre expérience, que celle-ci soit réelle ou parfois imaginaire. C'est aussi pourquoi les archétypes (roi et bergère, loup et Chaperon rouge) continuent d'avoir un tel succès, renforcé il est vrai par la mémoire collective qui en assure la transmission de génération en génération.

S'il est évident qu'un personnage doit avoir des caractéristiques d'abord exprimées dans le scénario, comme son apparence physique (ici nous pourrions dire graphique) qui le rendront attachant ou le contraire, les relations entre plusieurs personnages sont des caractéristiques que les scénaristes sauront exploiter (attraction ou conflit, situations générant l'identification et l'éveil du spectateur, en le surprenant, en l'inquiétant, etc.). Le dessin animé les utilise infiniment moins que le cinéma ou le livre. Sans doute les stéréotypes qu'on y rencontre sont-ils trop rudimentaires, imbus de leur monolithisme et de son indéniable présence. Mais, si un personnage comme Blanche Neige ne permet aucune surprise quant à son comportement, on peut voir à quel point les sept nains sont susceptibles de fournir un microcosme où chacun d'entre-eux interagit grâce à sa psychologie - si sommaire soit-elle - générant gags et rebondissements, ceux-ci par ailleurs contenus dans l'identité forte que constitue un groupe, à l'intérieur duquel les mécanismes d'attraction et de conflit sont bien maitrisés et bien dosés. Ainsi, les sept nains ont-ils connu un succès mérité, et c'est là l'habileté du scénario qui avait repris ce concept venu d'un autre âge.

D'autres combinaisons de personnages plus subtils, plus psychologiques (comme dans Pinocchio, Toy Story ou encore Peter Pan), vont exploiter les mécanismes d'attraction perturbés ou enrichis par les situations conflictuelles très classiques de l'univers enfantin - où l'adulte d'ailleurs se reconnaît aussi - le dessin animé probablement plus que toute autre discipline réveille en lui l'enfant qu'il a été.

Les personnages seraient-ils des marionnettes qui font du scénariste un manipulateur ? Évidemment oui, même si ce n'est pas toujours prémédité. La recherche du succès - susceptible d'engendrer des bénéfices - pousse les spécialistes à imaginer des recettes "imparables". Si ces recettes existent, encore faut-il mettre aux fourneaux un cuisinier (ou plusieurs). Mais actuellement en France, les intervenants de cette industrie sont rarement des "gastronomes" et les recettes tiennent plutôt du "fast-food", ce qui veut dire qu'il reste encore des territoires à découvrir, à explorer...