1- Ecriture
de scénario
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SOMMAIRE DU LIVRET 1 : ECRITURE - NARRATION
LITTERATURE DESSINEE OU IMAGERIE NARRATIVE ?
PARLONS UN PEU TECHNIQUE
CONTRAINTES TECHNIQUES
COMMENT ECRIRE UN SCENARIO ?
UNE IDEE PAR PLAN
LA REGLE DES TROIS
UN CAS PARTICULIER : LES SERIES
STORY-BOARDS OU SCENARIMAGES
LES PERSONNAGES
   
 
Ce dossier est publié dans l'ouvrage «Ecrire l'animation» qui propose également les actes de la rencontre professionnelle qui s'est déroulée le 17 mai 2000 au Centre G. Pompidou, des entretiens et des informations pratiques pour les auteurs (droit d'auteur, aides à l'écriture etc.). Informations et commande

 
     
 


Dessin de Zoltan Szilagyi (Kecskemét) - recherche graphique pour l'Oeil du loup


Petit cours (ou discours) sur l'écriture et la narration du dessin animé et du cinéma d'animation.
par Hoël Caouissin
Né en 1941 à Landerneau, Hoël Caouissin a suivi des études d'art, de cinéma, d'architecture, de dessin animé et de traitement d'images de synthèse. Il a acquis de l'expérience professionnelle dans tous ces domaines. Il s'est investi dans la peinture, l'illustration, la photo, le cinéma, l'architecture et, à partir de 1985, s'est lancé dans le cinéma d'animation, où il a assuré différents postes : décors, lay out, recherches graphiques, préparation de bases de données d'images de synthèse et réalisation. Depuis 1994, il travaille avec la société de production Les Films de l'Arlequin, pour laquelle il a réalisé la série Les Belles Histoires de Pomme d'Api (52 x 5 minutes, 1995 et 1998), le Spécial TV L'Œil du loup (26 minutes, 1997) d'après le roman de Daniel Pennac et Les Contes du Cimetière (13 x 13 minutes, 2001) d'après les albums de Yak Rivais. En 1999, il a participé à la réalisation de la série Les Rois et les Reines (65 x 5 minutes, 2000) d'après les albums d'Alex Sanders, produit par Ellipsanime. Hoël Caouissin est vice-président de l'Association française du cinéma d'animation (AFCA).
Filmographie.

 
   

L'on peut se demander si l'animation doit être écrite avant d'être dessinée ou s'il ne vaudrait pas mieux la mettre en images dès le début. Dans le cas où le langage utilisé - celui qu'on retrouvera à l'écran - sera avant tout "graphique" (dans le sens non pas d'écrit, mais de dessiné), donc probablement peu réaliste, le dessin sera sans doute le meilleur moyen d'expression, celui qui servira le mieux les intentions de l'artiste. Alors écrire l'animation pourrait sembler contradictoire, pour ne pas dire inutile. C'est oublier que nous baignons encore dans des civilisations qui valorisent l'écrit et que, dès qu'il faut communiquer avec ses semblables, c'est par la parole (couchée sur le papier par écrit) qu'on y parvient le mieux. Question d'habitude.

J'ai récemment involontairement expérimenté cette question. Il s'agissait d'un storyboard qui détaillait toutes les actions avec beaucoup de précision - pratiquement toutes les phases clé du film - et il ne semblait pas utile de redire par écrit ce qui était ainsi dessiné. Un autre avantage : l'universalité du dessin (de l'image) quelle que soit la langue parlée. Il a cependant fallu paraphraser les dessins ; dessins qui ne sont pas volontiers considérés comme contractuels, alors que les phrases, même imparfaitement traduites, sont mieux admises. Encore une question d'habitude.

Il ne faut pas oublier que les histoires se racontent aisément, pour ne pas dire spontanément, avec les mots, que l'écrit est quasiment irremplaçable... Cependant, l'apparente (ou fréquente) frivolité des histoires en images a pu donner à penser qu'il n'était pas indispensable d'écrire et donc d'en structurer la narration, comme cela se fait pour un roman, une pièce de théâtre ou un film ; c'est là le point faible du cinéma d'animation en général et de la production de dessins animés en particulier. Rare sont les dessins animés qui, s'ils ne sont pas adaptés d'œuvres préexistantes, ne présentent pas ce défaut qui n'est autre qu'une réelle fragilité au niveau du contenu, de la narration, en un mot, du scénario. Manquerait-on de bons scénaristes ?

Ceux-ci ont, d'autre part, un concurrent de taille : le storyboard (ou scénarimage) qui semble mieux armé pour affronter les spécificités techniques de cet art qu'est l'animation, dessinée ou non, surtout dans une culture qui a commencé à prendre en compte une mode qui perdure, ce goût pour la bande dessinée, imagerie narrative s'il en est.

Une industrie de l'animation existe, tout simplement parce que des chaînes de télévision ont des créneaux horaires destinés aux enfants et que cela constitue un marché non négligeable (plus de 150 millions d'enfants en Europe) et, d'un autre côté, des artistes isolés continuent à faire des films d'auteur, créatifs et parfois expérimentaux, peu rentables et peu connus du public, bien que prisés par les festivals. Cette industrie très organisée àl'échelon européen produit des milliers de films qui commencent par être écrits.

Faire des films utilisant les techniques de l'animation image par image, faire du dessin animé, cela met en jeu un nombre plus ou moins important de partenaires, d'institutions, de techniciens * (1), de matériel, de temps et de sommes d'argent (donc des enjeux contraignants qui influencent inévitablement les méthodes et les comportements), on s'est nécessairement organisé, soit de façon autarcique (les pays gravitant autour de l'ex-URSS ont développé de leur côté leur propre savoir-faire), soit de façon plus mondialisée comme dans les pays occidentaux, où le modèle américain s'est largement diffusé avec plus ou moins de bonheur...

On peut dire qu'aujourd'hui, des écoles, des styles, des codes, parfois des préjugés sinon des tabous sont reconnus par les amateurs, les parents ou les éducateurs (car la cible privilégiée est, ne l'oublions pas, la jeunesse), par les médias, par les professionnels, par les critiques, par des spécialistes et aussi par le public...

Évidemment, les méthodes ou les habitudes si éprouvées soient-elles sont nécessairement remises en cause dès que les progrès techniques les rendent caduques. Dans les années 2000, nous sommes, qu'on le veuille ou non, en pleine mutation technologique, ce qui laisse augurer des évolutions qu'on devine à peine, inévitables, souhaitables, parfois même redoutées...